Archive dans 2006

Un café et l’addiction !

Au dernier Conseil des ministres, le Président de la République a annoncé un plan de lutte contre l’addiction. Du coup, les « addictologues » s’addictent aux radios et aux magazines pour nous expliquer finalement que nous avions tort de croire la tendance hédoniste qui nous enseignait que pour garder le moral il fallait de temps en temps s’accorder de menus plaisirs.

Si la prévention des comportements addictifs se comprend quand il s’agit de combattre les méfaits de la drogue, de l’alcool et du tabac, on reste tout de même stupéfaits d’entendre ces spécialistes nous dresser la liste de toutes les addictions auxquelles nous sommes exposés et dont ils veulent nous protéger. Au motif en effet que la « trajectoire addictive » (je cite) est la même pour toutes les formes d’addiction qui peuvent nuire à notre entourage et nous jeter dans l’abîme. Voici l’inexorable trajectoire : usage normal > abus > addiction.

Et comme on peut être addict à tout et n’importe quoi, la liste est ouverte : le jeu, la nourriture, le sexe, les médicaments, le crédit, la religion, la politique, le pouvoir, l’argent, la consommation, la bourse, le sport, le soleil, la sieste, le travail, les réunions, les jeux vidéo, Internet, la télévision… Je vous laisse le soin d’en compléter la liste en vous gardant cependant de la prise de tête qui mettrait votre cerveau en voie d’addiction.

Mettons notre logique à l’épreuve et considérons que pour éviter toute addiction il faut surveiller les abus auxquels nous aurait conduits un usage normal. Méfions-nous donc de l’usage normal de toute chose. Et comme l’on ne saura jamais où situer les bornes de la normalité, renonce tout simplement à l’usage. Donc, en toute logique, il nous faut réprimer tout ce qui pourrait nous apparaître à première vue comme un menu plaisir. Si vous faites l’amour une fois par mois, surveillez-vous, parce que la dérive commence comme ça.

Qui connaît la véritable philosophie d’Épicure saura qu’il faut se contenter de peu pour connaître le bonheur, voire l’ataraxie. Il s’agirait tout simplement, au lieu de nous apprendre à vivre dans l’excès et dans la performance, d’expliquer aux plus jeunes ce que sont la tempérance et le sens de la mesure en toutes choses. Un cours de philosophie élémentaire qu’il ne serait pas inutile d’introduire à l’école dès le primaire plutôt que d’enseigner un code de la route sans rapport avec les fondamentaux que l’on doit transmettre à nos enfants.

Au cours d’un débat sur Europe 1, l’animateur pose la question de l’addiction au pouvoir faisant allusion à l’initiateur du projet, Jacques Chirac. Réponse du spécialiste : « On peut aimer le pouvoir à condition que l’entourage n’en souffre pas. » Certes, mais dans le cas d’un Président de la République en exercice ou d’un (e) prétendant (e), son entourage on s’en fout, c’est de l’équilibre de tout un peuple qu’il s’agit !

Désormais, des questions fondamentales se posent à la société : faut-il hospitaliser d’urgence les supporters de l’O.M. ? Faut-il traiter le Président pour son addiction à la Corona ? Faut-il renoncer aux 35 heures pour passer à 20 heures afin d’éviter toute addiction au travail ? Pour donner raison à ceux qui prétendent que les Français ne travaillent pas assez, faut-il se rendre addict au travail pour sauver l’économie ? Cet effort au boulot compenserait-il les dépenses de Sécurité sociale occasionnées par l’addiction au travail ? Pas simple.

Cette société est contradictoire. Les organismes de crédit nous sollicitent pour nous inciter à consommer toujours plus et les écologistes nous reprochent de trop consommer et de produire trop de déchets. On nous vend des produits minuscules dans des emballages surdimensionnés pour nous reprocher ensuite de jeter trop de déchets cartonnés. On nous culpabilise avec l’audace de nous dire que c’est nous qui devrions sélectionner les produits aux petits emballages comme si on choisissait un produit pour l’importance de sa boîte, comme si l’on devait préférer la sobriété du contenant à la qualité du contenu.

Cette société nous vend le produit, son addiction, et la façon de s’en débarrasser. Comme depuis quelques jours où l’on nous vend un réfrigérateur accompagné d’une écotaxe, c’est-à-dire ce qu’il va coûter à la société à cause de nous quand il ne vaudra plus rien (!), parvenu au stade de déchet. Un impôt sur l’acte d’achat alors que le recyclage de ces encombrants est déjà payé dans nos taxes locales. On sera refroidi de découvrir un jour que des malins ont compris tout le bénéfice qu’ils pouvaient tirer du réchauffement de la planète en nous terrorisant avec des chiffres et des échéances qui laissent même perplexe la communauté scientifique.

Cette société nous incite à regarder la télévision et nous reproche de lui consacrer trop de temps. Elle nous reproche de trop la regarder alors qu’elle s’applique à en mesurer l’audience. Et dès que l’audience d’une émission faiblit, elle est retirée des programmes. Autrement dit, dès qu’on la regarde moins elle ne présente plus d’intérêt pour les annonceurs. Donc, plus on est addict à une émission, plus on active les recettes publicitaires. Allez comprendre…

On avait senti venir le coup depuis les multiples mesures coercitives contre les fumeurs pendant que l’alcoolisme et le cannabis se répandent tranquillement chez les jeunes. On peut se demander si, à l’allure où elle avance, cette dictature hygiéniste n’est pas en train de prendre le chemin de l’addiction…

Une idée mise… en saine

Quand Serge Dassault, PDG de la Socpresse (70 titres), est devenu majoritaire au Figaro, il s’est vivement déclaré pour une « information saine » : « Les journaux doivent diffuser des idées saines. » 

Pressé de s’expliquer par les journalistes de France Inter sur ce qu’il entendait par « idées saines », il eut cette définition : Une information saine, c’est une information qui n’est pas de gauche . Ou encore : «  C’est les idées qui font que ça marche. Par exemple, les idées de gauche sont des idées pas saines. »

Le grand débat d’idées dans une démocratie veut qu’il y ait confrontation de points de vues différents et, en définitive, c’est cette friction des idées, aussi respectables les unes que les autres, qui fait en principe avancer les choses. Qu’il y ait dans la presse des commentaires orientés à gauche ou à droite – dans la mesure où l’on accepte que tout fait mérite cette interprétation simpliste des choses – soit. Mais une information c’est une information, des faits et rien que des faits.

Voici donc une information saine que je donne en exclusivité. Vous ne l’entendrez aujourd’hui nulle part, ni à la radio ni à la télévision, et elle ne fera l’objet d’aucune ligne dans aucun journal :

« Aujourd’hui dimanche 24 septembre 2006, Charles Pasqua n’a pas été mis en examen. »

Voilà donc une information saine, positive, conforme aux rêves idéologiques de Serge Dassault. Et effectivement, c’est une information de droite. Serge Dassault avait donc raison. À cette seule réserve, c’est que le dimanche les palais de justice sont fermés et il n’y a qu’une permanence…

Mais il est vrai que la limitation du temps de travail est une idée de gauche. Comme quoi une idée malsaine peut aussi avoir une incidence positive au profit de gens supposés n’avoir que des idées saines…

De l’effet additif des adjectifs adjuvants

À propos de l’inquiétude des personnels confrontés à la soudaine décision de fusionner le groupe Suez et Gaz de France, le ministre de l’économie Thierry Breton vient de déclarer : « Nous apporterons des réponses exhaustives, précises et concrètes. »

Il ne reste plus qu’à espérer que les questions soient pertinentesjudicieuses et fondées