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Mise à jour 10 décembre 2008

 

 

Banc public

On pense à Roland Barthes quand il parlait des « éclats de langage ».

On pense à Robert Doisneau quand il photographiait des couples, des enfants et des vieux assis sur les bancs publics.
Et dans son viseur apparaissait peu à peu tout le portrait d'une société, toute la couleur d'une époque.

Alors photographions la parole errante...

Brûlé au soleil et griffé de pluie glacée, il est là, le banc, solidement ancré au sol, imperturbable devant les caprices du ciel et silencieux sous les blessures des hommes.

Brassens y a observé les baisers des amoureux. Doisneau l’a saisi avec tendresse au moment où un enfant pauvre l’avait habillé de cartons pour en faire sa maison. Prévert y a surpris le désespoir assis.Les vieux attendent avec lui la fin du jour. Ils s’y assoient pour voir s’écouler le temps. Vieux couples usés de soleil et giflés de pluie qui s’entendent encore parce qu’ils se parlent sans s’écouter.

[...]


Celui qui était venu pour écrire s’était assis pour recueillir ses propres phrases dans son carnet de notes, et le voilà submergé par celles des autres. Si bien que celui qui était venu pour écrire ses propres mots s’amuse à collecter les mots des autres.
Le fou de l’écrit et du langage s’invente des jeux étranges. Il prend maintenant l’habitude de s’asseoir sur un banc pour saisir la parole errante, la tonalité de la rue. Il guette le bruissement du langage, la poésie et l’humour innocent des anonymes.
S’asseoir sur un banc et écouter le mot qui passe. On l’entend venir de loin, porté par une phrase qui se rapproche. La voilà qui nous frôle, cette phrase, cette réplique. Elle nous frôle le temps de saisir quelques mots et s’enfuit aussitôt pour repartir dans le vent. Apparition, disparition. Tel le passage éphémère de l’être humain sur cette terre, qui dit son mot et retourne au silence. Un être qui n’était vivant que pour dire son mot. Que reste-t-il de ces fragments furtifs ? Des phrases inachevées dont on ne connaît pas le commencement. Des phrases qui se montrent un peu mais ne dévoilent rien. Des histoires parcellaires aussitôt oubliées. Des bribes d’existences qui s’échappent d’une histoire en cours ou qui s’apprêtent à y entrer. Des bouts de vies chapardés, des bouts de romans dont on ne connaît pas le début et dont on ne connaîtra jamais la fin. Des paroles en l’air, des bruits de mots, porteurs ou non de sens, fragments d’une histoire qui se déroule en réalité, mais qui reste à inventer pour celui qui écoute.Les personnages capturés sont anonymes, les tirets séparateurs du dialogue ont disparu. La forme typographique organisée n’est plus nécessaire quand ceux qui parlent n’ont plus d’existence une fois qu’ils ont parlé.
On dit que Picasso récupérait une quantité impressionnante d’objets hétéroclites qu’il entassait dans un coin de son atelier dans l’idée qu’ils puissent prendre un jour leur place dans une composition.
Celui qui écrit est dans le même état pathologique de chineur de matière première. Quand sur de simples paroles en l’air la langue prend le souffle de la rue. Des phrases qui viendront un jour “sonner vrai” dans la voix intérieure de celle ou de celui qui lit.Un jour peut-être, ces mots pris au filet viendront se loger dans un texte ou un dialogue. Tels qu’ils ont été chassés. Ou transformés, broyés sous la plume, malaxés, torturés, détournés de leur utilité première. Comme l’objet abandonné récupéré par le peintre. Comme cet objet qu’on avait jeté et dont on pensait que son histoire était finie. Il reprendra vie, lui qu’on croyait inutile et perdu, il renaîtra dans une autre histoire qui deviendra la sienne.

 

Paroles tenues



Notre époque a peur du silence. Le silence fait peur. Il traîne derrière lui une idée de mort. Alors on meuble avec des mots. On parle beaucoup pour avoir moins peur. Comme les enfants dans le noir.
Le silence est le signe d’une indigence. Notre monde dit de communication le juge ainsi. Une société qui bavarde beaucoup n’est pas nécessairement une société qui brille de culture et d’intelligence.

Meilleure et pire des choses, Esope, tout le monde connaît. Ce qui fait craindre le pire de la parole, c’est son excès de vitesse. L’époque est à la rapidité. On parle sans réfléchir comme on avale sans mâcher. Fast-food et fast speech. Surtout ne pas laisser de blanc. Rien de ce qui pourrait laisser croire à une hésitation. L’ère de la performance n’hésite pas, elle fonce. Pas une seconde à perdre, l’action précède la pensée. Alors sur des sujets glissants, la parole fait des têtes à queue.

La télévision donne le modèle à suivre. La parole se fogielise. On pose une question, le questionné amorce une réponse, s’il est trop lent, on le coupe.La parole haut débit ça fait logos de riche.

Qui de Condillac ou Boileau faut-il croire ? La pensée est-elle simultanée à la parole ou la précède-t-elle ? Qu’importe puisque le temps manque pour suivre le précepte de Boileau. On parle, on crachote des syllabes, on multiplie les signes vocaux et, dans ce flux de postillons, au milieu du magma, on finira bien par trouver au hasard un mot qui exprime quelque chose. On découvrira sa pensée au moment où l’on parlera, comme le sous-marinier découvre la mer au moment où il sort son périscope.

Au commencement était le Verbe.
À la fin sera le verbeux.

L’abondance fait de la parole la plus inutile des choses.
On n’interprète plus le silence comme une expression. Ne rien dire, c’est pourtant parfois dire beaucoup plus qu’on ne saurait le faire avec des phrases. Alors on se précipite à parler. Et les mots se télescopent. Les mots en profusion écrasent le sens. Les mots fanfaronnent et ne sont là que pour eux-mêmes. Les mots sont là sans rien dire. Uniquement pour trouver leur place dans la peur du silence qui les attend. La parole se déplie telle une béquille où repose l’idée boiteuse, un déambulateur pour esprit au bout de ses forces. Flot continu qui coule et qu’on finit par ne plus maîtriser. La parole échappe comme un verre, lorsque trop pressé de le laver sous l’eau du robinet, une fraction de seconde suffit pour qu’il glisse des mains.

Silence, on parle.

Celui qui ne conçoit rien l’énonce clairement, et les mots pour ne rien dire lui viennent aisément.

ISBN : 2-9517108-1-X Copyright René-Franck BONNEL, 2004
Vous ne regarderez plus un banc public de la même façon.
Vous ne vous assoirez plus sur un banc public sans une petite crainte.
Vous ne parlerez plus devant un banc public sans faire attention à ce que vous dites.

 

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