Archive dans mai 2005

Çonnerie aux morts…

Europe 1, jeudi 24 mai, 18 h, débat politique à propos du principe du référendum sur le Traité constitutionnel.

Le comique du jour, Douste-Blazy, ministre de la santé, se déchaîne :

« Ce moment est historique pour la démocratie. Après tout, quelles sont les personnes qui ont vécu ce moment démocratique de leur vivant  ? »

De leur vivant, je ne sais pas. Mais de leur mort, j’ai peur qu’elles ne s’en souviennent plus et qu’elles ne soient plus là pour répondre…

Qu’il est drôle ce Douste ! Il paraît que les morts n’en reviennent pas…

Titre resté en indécision…

À quelques jours du référendum, une phrase étonnante revient dans la presse d’aujourd’hui : « Ce sont les indécis qui vont faire la décision. »

Merveilleuse langue française, subtile jusqu’à la contradiction. Ainsi, l’opinion de l’indécis devient précieuse par le seul fait qu’il n’en a pas. Le pouvoir de l’indécis, c’est de ne pas se décider à en user.

On saura dimanche avec certitude que la certitude d’une Europe nouvelle mais incertaine sera née d’une incertitude. Les indéterminés auront pesé de tout leur poids en affirmant leur détermination.

NB : désolé, mais je n’ai pas pu me décider à décider d’un titre pour ce billet…

Poivre et seul

Hier mardi 17 mai, Journal de TF1, 20 heures. Patrick Poivre d’Arvor présente Valéry Giscard d’Estaing.

L’ancien président de la République vient commenter quelques articles du Traité constitutionnel.

A la fin de l’intervention, PPDA enchaîne, pressé par le temps, et annonce tout de go : « Ce journal est terminé. Bonne soirée sur TF1 avec le Corniaud . »

En une fraction de seconde on perçoit que le journaliste est surpris lui-même par la brutalité de la transition. Il semble subitement avoir avalé un piment fort, les yeux cherchent un endroit où se poser, il descend sous terre.

Il y a des moments dans la vie d’un présentateur où l’on doit se sentir très seul…

Civisme Academy

Quoi que l’on pense de cette loi qui nous a contraints à travailler hier lundi de Pentecôte, elle a été votée par le Parlement, notre représentation démocratique nationale, et dès lors s’impose à tous.

Or des parents et des associations ont retenu les enfants d’aller à l’école au motif qu’ils ne sont pas salariés et donc pas concernés. La preuve statistique est apportée aujourd’hui : 80% des enseignants étaient à leur poste, ce sont les élèves qui ne sont pas venus. Quand les cantines étaient ouvertes, la nourriture a dû être jetée.

En dehors de toute polémique sur la destination sincère des fonds prélevés et sur la méthode employée, la question sociale posée est : comment trouver les moyens de financer les besoins des personnes âgées dépendantes pour le présent et le futur ? La solution de l’impôt n’étant pas retenue pour la raison que l’on sait, le débat est ouvert sur l’opportunité de la décision mise en place.

En arrière-plan de cette question purement « politique » et technique, on trouve l’application du caractère moral de la solidarité dans une société républicaine. Il faut pouvoir séparer les deux et dire : « Je suis d’accord sur le principe de solidarité en général et envers nos aînés en l’occurrence ; je ne suis pas d’accord avec la méthode adoptée. » Il ne reste plus alors qu’à discuter démocratiquement du procédé, le remettre en cause et contraindre si nécessaire à une modification de la loi.

En attendant, la loi votée s’applique.

Pense-t-on remplir son rôle d’éducation en incitant un enfant à ne pas se soumettre à la loi commune ?

Je me souviens d’un reportage télévisé où l’on voyait un ado, arrêté pour ne pas avoir porté son casque en scooter, répondre aux policiers qui lui disaient que c’était la loi : « eh ben, c’est pas la mienne. Je suis pas d’accord avec. Cette loi je la veux pas. »

Allez maintenant expliquer au gamin les raisons pour lesquelles il doit obtempérer !

Si un enfant scolarisé n’est certes pas salarié, son éducation représente un coût. En allant à l’école, il met en œuvre toute une logistique qui représente un poids financier pour la société et se traduit par une charge fiscale répartie sur l’ensemble des contribuables, qu’ils aient ou non des enfants.

Cette éducation gratuite, il la doit aux combats de ses aînés pour une école républicaine accessible à tous. Il est donc, à travers le temps, le bénéficiaire d’un acte de solidarité. Ce serait bien qu’à son tour il soit sensible à ce principe en y étant éduqué par ses parents, par le raisonnement et par l’exemple. Qu’il ne soit pas salarié ne le dispense pas de concourir moralement à la solidarité nationale.

C’est comme si les hommes et les femmes de ce pays demandaient, chacun pour leur compte, une exonération partielle de leurs cotisations sociales : les premiers parce qu’ils ne se sentiraient pas « directement concernés » par les dépenses gynécologiques ; les secondes au prétexte qu’elles ne se jugeraient pas « directement concernées » par les examens de la prostate…

Huit mariages, un enterrement

Eddie Barclay est mort. Comme Jésus, son nom servira aux fidèles du show-biz de repère historique pour séparer les Anciens et les Modernes, l’époque des « vedettes » d’hier de celle des « stars » d’aujourd’hui. L’époque des producteurs intuitifs et indépendants et l’époque des grosses machines de production où de petits marquis du marketing décident de ce qu’il convient d’écouter.

Toute la « show-biz nostalgie » va fondre sur nos écrans et roucouler du « C’était une autre époque », du « C’était mieux avant ». Déjà, Mireille Mathieu vient de se fendre d’une déclaration : « Eddie, c’était que du bonheur ! » Ce qui prouve la profondeur de l’analyse, l’intensité de la mémoire et la richesse du vocabulaire. Ils vont tous se dire l’ami de Barclay, on laisse toujours beaucoup d’amis au fond des coupes de champagne gratis. Ils vont tous se dire l’ami de Barclay comme d’autres prétendent l’avoir été du commandant Massoud qu’ils n’ont bien sûr jamais rencontré.

Certes, il a notablement contribué à l’éclosion de nombreux talents. C’était surtout des auteurs et des compositeurs qu’on cherchait à l’époque. Par cet homme nous sont arrivés les Brel, Nougaro, Ferré et Ferrat. On ne va pas s’en plaindre. Eddie, si tu nous entends, merci.

Aujourd’hui on ne cherche plus d’auteurs-compositeurs. On cherche des « grains de voix », des « univers », comme on dit sans rire à la Nouvelle Star en empruntant pompeusement le langage de Roland Barthes pour qualifier des prestations qui brillent à 90% grâce aux chansons des autres, ce que sait faire n’importe quel chanteur de bal de 14 juillet.

Mais quand on était ado, dans les années 60, il nous en a quand même fait bouffer du yéyé l’ami Eddie. Et je connais bien des garçons et des filles de mon âge qui se sont endormis au volant de leur Solex en entendant siffler le train. Et très franchement, entre nous, soyez sincère, droit dans les yeux, Carlos vous manque ?

Je suis prêt à parier qu’il va se trouver quelqu’un pour donner la consigne que chacun soit vêtu de blanc pour ses obsèques.

Hommage et respect, donc, pour ce galant homme qui aura attendu un vendredi 13 pour permettre à sa dernière compagne de toucher le gros lot.

Ségrégation positive

Afin de lutter contre le harcèlement sexuel, la direction du métro de la ville de Tokyo a décidé de réserver des wagons exclusivement aux femmes, en fin de journée, aux heures où la promiscuité favorise les attouchements délictueux.

Mais voilà que surgit un problème d’odeur, pour reprendre un célèbre propos. Certaines femmes se plaignent en effet de la multiplicité des parfums et des essences hétéroclites qui rendent l’atmosphère irrespirable. En deux mots, ça pue. On pourrait donc créer des sous-catégories de femmes et imaginer un wagon réservé à chaque marque en échange d’un sponsor.

Comme une étude scientifique très sérieuse (?) a démontré l’effet désastreux des parfums sur la qualité des spermatozoïdes, je voudrais lancer un appel public à la dame qui prend tous les matins l’ascenseur avant moi et qui inonde la cabine de l’horrible patchouli dont elle s’asperge. J’accepte volontiers de ne pas fumer dans l’ascenseur, mais qu’elle veuille bien en retour avoir elle aussi la tolérance de préserver l’intégrité de mon potentiel de reproduction pour l’espérance de vie qui lui reste. Me comprendront tous ceux (et celles !) qui ont vécu ces terribles minutes d’écœurement qui vont font regretter de ne pas habiter le rez-de-chaussée, toutes celles et tous ceux qui ont failli plus d’une fois dégueuler le modeste petit café matinal qu’ils avaient dans l’estomac.

Paco rabâche

Souvenez-vous, je vous prends à témoin. Il avait dit : « Si ma prédiction ne se réalise pas, je me retirerai et on n’entendra plus jamais parler de moi. » Donc, Paco Rabanne revient sur vos écrans. Il doit y avoir la promotion d’un bouquin dans l’air…

Ce n’était qu’une promesse inspirée par le monde politique. Autrement dit, lui aussi tirait les conclusions de son échec et se retirait de la vie prédictive. Donc, tout naturellement, le revoilà pour nous prédire un nouveau drame planétaire annoncé cette fois pour le 11 août 2007 !

Paco remet donc le ridicule puisqu’il a pu vérifier qu’il ne tuait pas.

Comme si la perspective des présidentielles ne suffisait pas, 2007 serait-elle envisagée comme l’année de toutes les catastrophes ?

En septembre 99, le mage Paco confiait pourtant à Paris-Match : « J’ai été d’une grande naïveté… Je vis depuis le 11 août avec le sentiment d’avoir fait une chose démesurée. J’ai été en butte à beaucoup d’insultes et de déchaînements de toutes sortes. La dérision, je l’ai méritée et je ne la discute pas… Et je dis, je redis, que je le regrette… Je me suis entêté comme une mule. J’ai été pris dans un torrent. Ne me contrôlant plus, je suis allé trop vite et trop loin. »

Son fiasco prophétique de 1999 ne lui a pas servi de leçon. Que le 11 août la station Mir ne nous soit pas tombée sur la gueule ne l’a pas découragé à persister dans la voyance aveugle, la pythie qui fait pitié, le vert devin qui devrait arrêter d’en boire.

Étonnante époque où les télévisions sont prêtes à concéder de précieuses minutes d’antenne à des farfelus qui viennent nous prédire une fin du monde improbable, alors qu’en son temps, avant 2003, elles négligeaient de prendre au sérieux ceux qui alertaient sur l’inquiétante vétusté des maisons de retraite…

Bas les brosses !

Sérieux. Il paraît que dans notre beau pays, l’industrie la plus performante est… la serpillière française !

C’est quand même la moindre des choses pour une société autonettoyante qui s’aseptise si bien à coups de « politiquement correct ».

Il est vrai qu’à voir l’attitude de certains journalistes et de présentateurs télé devant la classe politique, nous ne sommes pas surpris par cette bonne nouvelle économique.

Solcarrelus, si tu nous entends, on te salue !

Nous attendons avec impatience de prochaines révélations sur les performances industrielles de la carpette et de la brosse à reluire.

Les “indéshitants” : une nouvelle race d’indéterminés !

Ce que je rapporte est authentique, je n’invente rien.

J’ai consacré récemment un billet à propos des « indécis » dont quelques commentaires de presse prédisaient qu’ils allaient faire la décision le jour du scrutin sur le Traité constitutionnel. Et voilà que jeudi soir, sur France 2, Arlette Chabot ouvre un débat politique par un sondage qui nous annonce, sans rire et sans que personne sur le plateau ne s’en inquiète : 23% d’indécis et 11% d’hésitants !

J’aimerais bien qu’un linguiste m’explique la différence d’amplitude du doute entre un indécis et un hésitant !

Plongeons-nous dans le Petit Robert pour vérifier une dernière fois avant de critiquer.

indécis, ise adj.

• mil. XVe « non jugé »; bas lat. indecisus « non tranché »

2• (Personnes) Qui n’a pas encore pris une décision ; qui a peine à se décider .

Qui ne sait pas prendre une décision, une résolution.

hésitant, ante adj.

• 1829; les hésitans subst. 1721; de hésiter

1• (Personnes) Qui hésite, a de la peine à se déterminer .

Qu’ont bien pu répondre les indécis pour mériter leur catégorie ?

— « Ce n’est pas que j’hésite mais je reste encore indécis. » ?

Qu’ont bien pu répondre les hésitants pour mériter la leur ?

— « Ce n’est pas que je sois indécis mais j’hésite encore » ?

Si j’essaye de comprendre ces questionneurs illettrés, un indécis est un électeur qui ne s’est pas encore déterminé sur une décision de vote. Soit. Et qu’un hésitant est un électeur, auparavant indécis, mais qui a fini par se déterminer alors que, peu sûr de lui, il hésite encore au point d’envisager une remise en cause de la décision qu’il avait prise pourtant quand il avait cessé d’hésiter.

Ouf !

A force de sonder, les sondeurs vont bien finir par toucher le fond…

Comment s’emmerder vraiment quand on n’est capable que d’ennui

Si vous êtes déprimé, au fond du trou, au bout du rouleau, blasé du sexe, si votre enfant redouble son année scolaire, si votre mère a attrapé le zona, si la presse vous a gonflé tout l’été avec les vacances cyclistes de Sarkozy, si votre patron veut revenir sur l’accord des 35 heures, si vous avez chopé une dermatose plantaire à la douche de la plage, si vous avez perdu deux points sur votre permis de conduire pour un léger dépassement de 5 km/heure, si votre femme menace de vous quitter parce qu’elle est tombée amoureuse du présentateur de l’île de la tentation, si votre maîtresse s’est fait tatouer sans vous prévenir “Je vote Sarko” sur le sein droit, si votre chirurgien menace de s’exiler sur l’île de Porquerolles pour revendiquer une hausse de ses honoraires, si vous avez passé une bonne partie de vos vacances sous la pluie à rendre votre cerveau disponible en regardant TF1, si vous n’arrivez pas à régler cette chiasse de chasse d’eau pour qu’elle ne coule plus, si vous craignez que Bush gagne les élections présidentielles, si vous venez de batailler plusieurs heures pour monter cette putain de commode de merde achetée en kit chez Ikea, si vous êtes chauffé par le sol et que ce système exclue toute pendaison au radiateur, si vous avez dégobillé toute la nuit le plat chinois acheté au rayon des surgelés et si, en plus, vous voulez vraiment vous faire chier davantage, alors lisez Les Désaxés, le dernier roman de Christine Angot, chez Stock.
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