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Clitolittéraire ou vaginoplumitive ?

Si vous abordez une prostituée sur un trottoir, faites-le désormais avec d’infinis égards. Grâce en effet à nos “grands éditeurs culturels”, c’est peut-être une “grande écrivaine” que vous allez déranger dans sa méditation solitaire. Approchez-vous d’elle, et plutôt que de lui demander brutalement à combien elle fait la pipe, demandez-lui à quelle école littéraire elle appartient, si elle est clitolittéraire ou vaginoplumitive.

Il ne s’agit pas ici de négliger les souffrances de ces jeunes femmes et d’être insensible et indifférent devant les multiples raisons familiales ou sociales qui les ont conduites vers la prostitution. Toutes les souffrances sont respectables, toutes les expériences sont à raconter, pour peu qu’on y ajoute un talent d’écriture, ce qui est en l’occurrence très rarement le cas. Mais de là à ce que nos grands éditeurs culturels les chassent pour en faire de “grands écrivains”, il y a quand même une passe à ne pas franchir.

Après journaliste (pour la promo et le renvoi d’ascenseur) et professeur de lettres (comme si un moniteur d’auto-école était potentiellement et nécessairement un pilote de Formule 1), la prostitution est le métier le plus convoité par nos grands éditeurs dans leurs choix éditoriaux. On ne sait pas comment les premiers doivent le prendre.

Autrefois, l’entregent d’un auteur aidait à la publication de son manuscrit. L’entrejambe s’avère aujourd’hui bien plus efficace.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas. On rencontre parfois plus de bites et de couilles dans les écrits d’un prof de littérature que dans ceux d’une prostituée. C’est qu’à ce prix-là, vous comprenez, il y a surenchère.


La désormais célèbre Patricia, qui a dénoncé ce qui reste juridiquement d’hypothétiques soirées sados-masos toulousaines, vient de recevoir une avance d’éditeur de 15000 euros. Bientôt on fabriquera de toutes pièces de copieux scandales dans le seul but d’alimenter les éditeurs.

Dans une catégorie socioprofessionnelle voisine, on trouve la porno-star et la strip-teaseuse, très choyées elles aussi par les grands éditeurs culturels. Dernière ” écri-veine “ en date, Fily Houtteman, pour son livre “Profession strip-teaseuse, les dessous d’un métier “, et dont le texte en quatrième de couverture est un régal de langue de bois et de rhétorique en dentelles. Je cite : “Pour beaucoup, elle reste l’effeuilleuse insolente qui brisa un conte de fée monégasque. “ En termes plus rustiques, c’est la bimbo night-clubarde qui s’est fait surprendre (?) par les paparazzis alors qu’elle faisait une pipe à l’époux d’une princesse connue et dont le slip était en principe ôté.

Allez mesdemoiselles ! Toutes à vos Mac et taillez bien vos plumes !

L’industrie du livre tire la langue… vers le bas

Les éditions Fayard publient Aller-retour, tous frais payés, le dernier roman de Christine Arnothy.
Sur les vingt-deux lignes de texte en quatrième de couverture, on ne trouve pas moins d’une dizaine de clichés littéraires ! Une concentration d’expressions toutes faites et de lieux communs que l’on ne doit même pas rencontrer dans les plus mauvaises copies des ateliers d’écriture où pourtant “Aux premières lueurs de l’aube, les champs de blé ondulent sous les caresses d’un léger alizé pendant que carillonnent les cloches de la délicieuse petite chapelle du charmant village voisin.”

Épargnons-nous le texte entier, contractons plutôt la précieuse collection :

“À la terrasse d’une pâtisserie, un veuf séduisant couvre de compliments la serveuse d’une grande beauté, une rebelle de vingt ans. Étonnée par ses déclarations véhémentes, elle garde plus que jamais ses distances. Puis le veuf fait connaissance de la mère de la serveuse, une jolie divorcée de quarante ans. Il l’invite avec sa fille à Paris, sous prétexte d’une amitié à nouer. L’approche est plus que convenable. Un amour va naître.

En vente dans toutes les gares.

Veuf séduisant : pour dire d’un veuf qu’il pourrait éventuellement encore servir. Juxtaposition maintes fois rencontrée, comme s’il était indispensable de corriger cette idée d’un veuvage qui serait nécessairement l’équivalent de vieillesse et donc de dégradation physique.
Couvrir de compliments : expression multi-usages. On peut aussi couvrir de baisers, d’injures et d’opprobre.
Grande beauté : le type même d’expression qui ne veut rien dire. La beauté, on sait à peine ce que c’est. On n’a rien dit de plus en parlant de “grande beauté”.
Rebelle de vingt ans : signe extérieur de jeunesse depuis Rimbaud.
Garder ses distances : comme sur l’autoroute.
Jolie divorcée : comme “veuf séduisant”. Toute divorcée se doit d’être “jolie” pour prouver à la société que c’est elle qui est partie et qu’elle n’a pas été plaquée à cause d’un vilain bouton de fièvre.
Nouer une amitié : comme on noue sa serviette ou les lacets de ses chaussures.
Plus que convenable : Coluche aurait pu le dire : “Convenable, je sais ce que c’est, c’est convenable. Mais plus que convenable, je ne sais pas, ça vient de sortir.”
L’amour qui naît : (à ne pas confondre avec l’amour kiné importé de Thaïlande). Il y a des littératures qui gagneraient à accoucher sous X.

Ne jetons pas trop rapidement la pierre (cliché !) à l’auteur du roman en lui collant sur le dos (cliché !) cette négligence de style, bien qu’on puisse espérer qu’elle y a quand même jeté un coup d’œil (cliché !) avant d’en autoriser l’impression. Une occasion ratée de renvoyer le plumitif à ses chères études (cliché !). Mais on a froid dans le dos (cliché !) en pensant que ce texte a peut-être été rédigé par une direction littéraire. Barthes y chercherait vainement le grain de voix qui annonce un plaisir littéraire.

Tout est question de dosage. L’abus d’images tue le texte ou, tout au moins, noie le sens du texte. Écrire à coup de clichés et de lieux communs, c’est écrire avec la plume des autres. C’est porter en soi l’ambition d’un grand chef en se laissant aller à une cuisine de cafétéria. C’est piocher dans le patrimoine linguistique du café de la poste pour combler le vide de son inventivité. C’est Jean-Paul Gaultier qui puiserait son inspiration chez Kiabi.

Il s’agit moins ici de jouer les Cerbères (cliché !) de la langue que de sauter sur l’occasion (cliché !) pour épingler et mettre en boîte (cliché !) ces censeurs de manuscrits que sont les grands éditeurs culturels, d’habitude si exigeants avec les textes qu’ils reçoivent et, preuve est faite, si peu regardants avec ceux qu’ils publient. A croire qu’ils ne lisent ni les uns ni les autres.

L’édition soigne en principe cette quatrième de couverture. Le premier geste mécanique de tout lecteur est de retourner un livre pour la lire. Sa fonction commerciale est de séduire le futur lecteur en lui donnant un aperçu du plaisir qu’il aura à entrer dans le texte. Dans notre exemple, cette façon scolaire de s’exprimer retire toute intention qu’on aurait eue d’acheter un roman dont le sujet apparaît du coup extrêmement banal et ennuyeux comme la pluie (cliché !).

Cette rédaction (ne parlons pas ici d’écriture) est un modèle des pièges à éviter dans le traitement de la langue. Les enseignants devraient l’utiliser en échantillon de démonstration auprès de leurs élèves pour les éveiller à la vigilance dans l’acte d’écriture. Ils apprendraient à se méfier de la phrase qui vient toute seule sous la plume, qui s’invite sans crier gare (cliché !), à travailler leur texte et le travailler encore. A moins que l’ambition littéraire aujourd’hui ne soit pas plus élevée que celle de ma concierge quand elle rappelle ses locataires à l’ordre sur le tri sélectif.

Charles Dantzig définit ainsi le cliché littéraire : “Mot ou locution d’origine artistique, formant image, et qui est répété sans réfléchir.” (la Guerre du cliché, les Belles Lettres, 1998). Si l’expression toute faite est à fuir comme la peste(cliché !) si l’on ne veut pas écrire comme un pied (cliché !) ou comme un cochon (cliché !), elle peut toutefois s’admettre dans certains cas. On peut fermer les yeux (cliché !) devant un cliché littéraire ou un lieu commun si le texte le justifie. On peut l’employer délibérément si l’usage abusif du lieu commun fait partie de la construction du personnage ou dans un dialogue pour être plus proche de la langue parlée, ou par volonté de décontracter le propos. On peut aussi s’amuser à tordre le cou à un cliché pour le dépoussiérer, le détourner de son sens habituel, le rendre plus original, et finalement se l’approprier.

Ouvrons la presse d’aujourd’hui :
“Le commerce tisse sa toile…
“Budget de la ville : la sécurité se taille la part du lion.”
“Les panneaux publicitaires sur les panneaux publicitaires qui fleurissent à l’entrée des villes.”
Page des sports : “Le match a été mené d’un pas de sénateur.
L’abondance de clichés n’est ici pas gênante. Ce n’est pas de la littérature, c’est de la presse. Le titre doit accrocher le plus grand nombre de lecteurs, tous niveaux confondus, en les interpellant quelque part (cliché !). Plus le cliché est usé, plus il gagnera en efficacité. L’image sert ici à frapper rapidement l’attention sur le fait essentiel que l’article va développer. Si le lecteur de journal recherche une qualité d’information, des faits sérieux et vérifiés, une rédaction simple, courte et claire, il ne s’attend pas à y trouver une hauteur littéraire qui n’aurait de toute façon pas sa place dans ce contexte. Le journalisme n’est pas la littérature, c’en est même le contraire.
Mais l’usage Du cliché journalistique peut friser le ridicule (cliché !). Tel ce journaliste de télévision qui, le soir d’une élection, eut ces mots : “Les résultats devront être auscultés à la loupe.” Autres bijoux du prêt-à-porter rédactionnel et du journalisme sans peine quand, neuf fois sur dix, tout article de presse, commentaire de radio ou de télévision rapportant une catastrophe, se termine par cette phrase : “L’espoir de trouver des survivants s’amenuise au fil des jours.” Ce qui pourrait être le titre d’un livre sur l’avenir de la littérature !

Ce qui est supportable dans la presse l’est beaucoup moins en littérature où il semblerait que beaucoup succombent à la tentation (cliché !), cédant par facilité à une mauvaise habitude qui fait tache d’huile (cliché !). Prenons un livre sur l’étal du libraire et ouvrons-le au hasard. Quand je lis : “Du sang espagnol coule dans mes veines” (cliché !), la disparition de Nougaro me remet en mémoire ce que lui écrivait : “Est-ce l’Espagne en toi qui pousse un peu sa corne ?” Sur le traitement d’une idée assez proche, voilà la différence de style entre un simple rédacteur issu de la téléréalité (ce qui justifie aujourd’hui le mérite d’être publié chez Robert Laffont aux côtés de Jean d’Ormesson) et un auteur véritable.

En couverture du bouquin de Christine Arnothy, un sac et une valise posés au sol. C’est la littérature qui se fait la malle (cliché !).

Turluttérature française

Nouvelle audace littéraire, les éditions du Rocher publient ” Toi masculin mon féminin “, le dernier (on croise les doigts… et les jambes !) roman érotique de Christine Deviers-Joncour.

“Devant lui je m’agenouille. Doucement, je promène mes mains. À travers le vêtement de peau d’ange, je l’effleure du bout des doigts. Sa virilité dessinée sous le velouté du tissu m’excite davantage. J’approche doucement mes lèvres. Il ne bouge pas, la tête jetée en arrière, à fleur de peau, il attend. Son souffle est court. Je sens perler son désir que je cueille du bout de la langue. […] “

Bref, elle lui fait une pipe, au mec, et s’en fout partout. Le genre de phrase sulfureuse qui vous fait passer illico dans n’importe quelle émission sulfureuse.

En la travaillant un peu au corps, la Christine, vous saurez tout sur le zizi. La longueur, l’épaisseur, la vitesse de rotation. Bien sûr, l’auteur marquera comme toujours une légère réprobation. Elle fera mine de ne pas comprendre pourquoi on n’extrait que ces quelques lignes délicieusement vulgaires pour parler de son immense chef-d’œuvre. Alors que ces lignes sont parfaitement intentionnelles, un peu comme on vend un mauvais film avec une bande-annonce aguicheuse. La preuve : c’est justement le passage qui a été choisi par l’éditeur pour la quatrième de couverture ! Le tout dans une langue bien trempée (voir plus haut pour les détails) qui vous fait connaître immédiatement la gloire médiatique.

Le lecteur-acheteur abusé se demandera (c’est le but) si l’énigmatique organe n’appartiendrait pas par hasard à un ancien ministre aujourd’hui âgé de 101 ans. Mais non ! Qu’allez-vous chercher là ? À chaque fois, Christine entretient le doute aussi bien qu’une érection.

Questionnée sur son passé judiciaire comme à chacune de ses apparitions (on a le curriculum vitae littéraire que l’on peut), elle ne comprend toujours pas qu’il soit répréhensible qu’un dirigeant de société pique dans la caisse pour se payer des vacances. Elle s’en offusque. Après tout, c’est son argent. On lui explique de nouveau ce qu’est un abus de bien social. Elle se rajuste les cervicales pour y trouver une idée opposable qui doit déjà glisser le long du dos. Finalement elle s’ébroue, genre “passons à autre chose”, et paraît gênée de contredire. Nul doute, pour elle, ça reste une hérésie. Ce qui démontre que le Code pénal n’est pas sexuellement transmissible.

Alors qu’on ne s’étonne pas, nous prévient-elle, “que les cerveaux quittent notre pays.” Stupeur et tremblements. On imagine la ménagère de moins de cinquante ans regardant l’émission, cramponnée à son canapé, terrifiée à l’idée que Christine pourrait fuir l’intelligentsia parisienne pour aller offrir son immense talent littéraire à l’étranger. Les plus optimistes y auront sans doute vu l’heureuse menace d’un départ.

Quitter la France ? Mais pour aller où ? À Taïwan, où elle ne serait qu’une vedette ? Non Christine, laisse ton cerveau en France, dans ce magnifique pays où les belles cervelles se ressemblent, se rencontrent et s’entraident ; un pays magnifique où des cerveaux du même poids que le tien font de toi une vraie star de l’écriture. Un pays où de fins éditeurs, sur la masse de manuscrits qu’ils refusent toutes les semaines, ont tout de suite vu que ton sujet n’avait jamais été traité et que ton style sentait bon la nostalgie du cliché littéraire pourchassé dans toutes les narrations des classes de sixième. Citons :


Les enivrantes effluves des parfums : Dieu que la banalité est belle ! Deux clichés pour le prix d’un !
(Avec une faute d’orthographe à “enivrantes” que les correcteurs des Éditions du Rocher écrivent avec deux n !)
Je promène mes mains… : et marcher, c’est promener ses jambes ?
Son souffle est court : le souffle littéraire aussi.
Je sens perler son désir : comme si elle gobait une huître…

Et la direction littéraire qui en remet une couche en quatrième de couverture pour encenser le style du grand écrivain : Une écriture d’une sensualité à fleur de peau. Le cliché étant usé, éculé, il doit s’agir probablement d’une vieille peau.

On se souvient des déclarations de Jean-Paul Bertrand, patron des Éditions du Rocher (si c’est toujours lui), dans une interview qu’il donnait jadis à Jacques Chancel.
Las d’être envahi de manuscrits jugés par lui sans valeur, il s’apprêtait à écrire un livre qui expliquerait à la France littéraire d’en bas comment il faut écrire. Des conseils qu’il ferait bien de réserver aux illettrés de son propre catalogue.

L’assassin habite chez Calmann Lévy

De nombreux auteurs de talent rongent leur plume dans un coin de la France littéraire d’en bas pendant qu’un assassin d’enfant n’a rencontré aucune difficulté à séduire l’industrie du livre.

Le passionné d’écriture enverra vainement son manuscrit aux éditeurs, par la poste. Il collectionnera les lettres de refus polis lui disant que ses textes ne semblent pas correspondre à l’attente du public ou qu’il n’existe pas de collection susceptible de les accueillir.

Un assassin d’enfant, lui, ne perd pas son temps à envoyer son précieux manuscrit par la poste. Il convoque les éditeurs. Et ils viennent. Tel petit papa Denoël qui envoya un de ses collaborateurs déjeuner avec la star-killer.

Finalement, c’est chez Calmann-Lévy que l’assassin d’enfant fera l’unanimité du comité de lecture qu’on félicitera au passage. Espérons qu’on ne se trompe pas en félicitant le comité puisqu’un éditeur dit toujours que votre ouvrage lui a fait forte impression, qu’il aurait vraiment souhaité le publier, mais que, hélas, son comité de lecture ne l’a pas suivi…À moins que les stars-killers soient dispensées du passage en comité de lecture.

Passons sur le contenu du bouquin dont la presse dit qu’il est sans intérêt, au cas où on aurait pensé en trouver un et surtout au regard de la “réinsertion sociale” honorable de l’artiste.

Il y a donc une collection et un public pour les confessions ratées de la vie ratée d’un assassin d’enfant.

La controverse s’anime à propos du scandale qu’il y aurait pour un assassin d’enfant à se faire du pognon sur la notoriété de son crime dont le motif était déjà de se faire du pognon. Un député est monté au créneau en préparant une proposition de loi pour que les droits d’auteur des criminels soient reversés à des associations. Mais jusqu’à ces derniers jours, personne ne semblait s’indigner qu’un éditeur et un réseau de diffusion ne se fasse du pognon sur le crime d’un enfant raconté par son auteur. Il faut savoir en effet qu’un ” écrivain ” perçoit entre 8 et 10 % du prix hors-taxes d’un livre, parfois plus s’il y a eu négociation sur des paliers de ventes. Ce n’est pas ” l’auteur ” qui dans cette affaire empocherait le plus de pognon. Le reste serait réparti entre l’éditeur (ce n’est pas lui qui gagne le plus), le diffuseur (c’est le plus gourmand) et le libraire (environ 33% quand même). N’oublions pas l’État qui, avec la TVA, empoche toujours sa part des mauvaises actions sans que nul ne le remarque. Une indignité en conséquence bien partagée, comme on peut le voir.

Mais voilà qu’on apprenait le 14 novembre dernier que les actionnaires de Calmann-Lévy avaient appelé Hachette Livre (qui détient 70% du capital de l’éditeur) à reverser ” la majorité des bénéfices issus de la vente du livre “ de l’assassin d’enfant à des associations.

Rien ne permet d’affirmer à ce jour que cette bonne résolution a été réellement suivie d’effet.

Une remarque cependant : si c’était pour aboutir à une affaire quasiment blanche, il eut été sans doute plus intelligent et surtout plus honorable de renoncer à publier les mémoires de l’assassin d’enfant.

Sollers épinglé

Dans son émission Tout le monde en parle, Thierry Ardisson demande à Philippe Sollers ce qu’il pense de cette phrase : “L’amour mène à la violence ou à la mélancolie.”

“Je ne sais pas qui a dit ça, répond le Très Grand Écrivain de tous les temps, mais c’est quelque chose de très bête.”

“C’est con, reprend Thierry Ardisson, parce que c’est vous…”

Faux mage et désert

Tout le monde connaît la célèbre Elizabeth Teissier, désastrologue réputée, carto-mitterrandienne, tireuse de carpes, maboule de cristal élyséenne, abrégée de sociologie en Sorbonne et, cela va de soi, écrivain-vaine qui a sûrement du style et quelque chose d’intelligent à dire à l’humanité puisqu’elle a trouvé sans peine un éditeur depuis belle lurette.

Elle publie donc ses prévisions pour l’année 2002.

Souvenez-vous, elle notait à la date du 11 septembre 2001 : “Jour heureux pour les transports.”

Pour 2002, elle prédit une situation internationale stabilisée, la fin des guerres et la reprise économique.

En conséquence, voici mes prévisions : attendez-vous au pire !

Stephen King traque les souverains poncifs

Dans son dernier livre ÉCRITURE, mémoires d’un métier, publié chez ALBIN MICHEL, Stephen King donne quelques conseils d’écriture aux écrivains.

Ne vous attendez pas à un enseignement de haute volée malgré l’éloge de la quatrième de couverture qui n’hésite pas à qualifier ce livre de “hors norme et génial, tout à la fois essai sur la création littéraire et récit autobiographique. Mais plus encore révélation de cette alchimie qu’est l’inspiration.” Je comprends mieux pourquoi mon manuscrit a été refusé par ALBIN MICHEL. Si c’est ce niveau-là de l’écriture qui leur suggère le génie et le hors norme, il y avait de toute évidence une distance technique et une incompréhension entre nous.

Reprenant sans doute l’équivalent américain du Larive & Fleury, son cours de grammaire en CM2, Stephen King écrit, page 231 : “La comparaison zen n’est que l’un des pièges potentiels du langage au figuré. Le plus courant (le manque de culture littéraire est d’ailleurs à peu près toujours à l’origine de ce qui nous fait chuter) est l’utilisation de comparaisons, métaphores et images qui sont devenues des clichés. Il courait comme un fou, elle était jolie comme un cœur, il s’est battu comme un lion… Ne me faites pas perdre mon temps avec des poncifs aussi éculés. Vous risquez de passer pour paresseux ou ignorant. Aucune de ses descriptions n’améliorera votre réputation d’écrivain.”

Toujours prêt à prendre une leçon qui améliorerait mon style dans l’espoir d’être reconnu un jour par un éditeur traditionnel, j’ai donc consulté au hasard deux titres récents, deux romans, du catalogue… ALBIN MICHEL.

Premier exemple, le dernier roman d’un grand écrivain dont je ne citerai pas le nom par délicatesse, mais qui est publié parce qu’il présente le journal de 20 heures sur la première chaîne de télévision. Je prends une page au hasard. Je vous jure que je ne mens pas, vous pouvez vérifier.

Que lit-on :

– “Barbara lui répondit d’un pâle sourire...”
– “… cheveux noirs mi-longs, yeux verts, […] carrure athlétique…
– “… elle attisait le regard des hommes.”
– “Elle démarra sur les chapeaux de roues…
– “… s’en méfiaient comme de la peste.
– “… tandis que leurs épouses les fusillaient du regard…
– “… qu’il valait mieux ne pas tomber dans ses filets.

Deuxième exemple : le roman d’un grand écrivain (tiens ? Certains ont le droit de publier un premier roman après 45 ans ?) dont je ne citerai pas le nom par délicatesse, mais qui est publié parce qu’il fait aussi tomber la neige.

Je vais me limiter à lire le début du roman, c’est-à-dire l’insipide, pardon : l’incipit.

“Bruxelles endimanché a lâché ses blancs moutons dans son ciel de printemps.”

C’est beau comme une rédaction du CM2.

Que disait Stephen ? Ah oui : “… Vous risquez de passer pour paresseux ou ignorant.”

Je ne sais pas si je dois m’adresser à Monsieur Albin ou à Monsieur Michel, mais, franchement, vous devriez dire à Monsieur King que ce n’est pas sympa de sa part de montrer du doigt les défauts de ses petits camarades.

C’est pas moi qui ferais une chose pareille…

Plus de peur que de mâles

L’éditeur Plon vient de publier un livre intitulé : “J’ai connu sept ministres de l’Éducation nationale”. L’auteur : Monique Vuaillat.

Fort heureusement, une bande sur jaquette précise : “Pendant 17 ans à la tête du principal syndicat d’enseignants”.

Ouf ! J’avais pris peur. J’ai cru un moment que Catherine Millet avait fait une adepte !

Robbe-Grillet dégomme

(Allusion à son deuxième roman Les gommes. J’explique, sinon mon jeu de mots est grillé.)

Dans Le Voyageur (Christian Bourgois Éditeur), on trouve un entretien accordé par Alain Robbe-Grillet au magazine LIRE en 2000.

Sur la littérature d’aujourd’hui : Ne pas déranger

“Aujourd’hui, un jeune écrivain se doit d’avoir un appartement, un chien, une femme , une voiture, un poisson rouge. Il veut vendre ses livres vite et en vivre bien. Et il deviendra d’autant mieux un auteur de best-sellers que sa littérature ne dérangera pas. […] La littérature est faite de littératures. Il y a la littérature qui dérange et celle qui ne dérange personne. […] On peut craindre que les jeunes écrivains ne refoulent leur capacité de dérangement. Mais ont-ils vraiment envie de déranger ? C’est peut-être notre époque qu’il faut incriminer.”

Sur l’édition : Le pognon d’abord

“Autrefois, le métier d’éditeur ne relevait pas vraiment du commerce. Le vieux Fischer, par exemple, qui est à l’origine de plusieurs prestigieuses maisons d’édition allemandes, définissait ainsi son activité : “Publier des livres dont le public ne veut pas.” Jérôme Lindon était ainsi. De nos jours, perdre de l’argent, c’est stupide. Autrefois, c’était en gagner qui était plouc !”

Sur les prix littéraires : Des navets pour des poires

[…] “Le seul objectif des prix littéraires, c’est de faire vendre des livres. […] Si les livres primés ne se vendent pas, le prix disparaît. J’ai fondé plusieurs prix, et participé à des quantités d’autres? Le premier a été le prix de Mai. […] Nous avons couronné uniquement des livres qui n’étaient ni médiatiques ni médiatisables. Et le prix a disparu tout simplement. Pourquoi le prix Médicis a survécu ? Parce que nous couronnons au moins une année sur deux un navet vendable.
On fonde un nouveau prix parce qu’on trouve que les autres ne couronnent pas assez de livres intéressants. C’est comme cela que le Renaudot a été créé, en réaction contre le Goncourt, le Médicis contre le Femina. On commence donc par choisir des livres difficiles et intéressants. Mais on s’aperçoit très vite qu’il ne faut pas exagérer !
Autre problème : la plupart des jurés de bonne valeur littéraire ne tiennent pas le coup. Il faut une sacrée dose d’énergie vitale et d’humour pour résister aux réunions d’un prix littéraire. 
[…] Il faut aussi supporter, évidemment,la pression des grands éditeurs. […] La seule chose que je regrette, c’est que, contrairement à ce qu’on entend dire, on ne nous paye pas. […] Il y a seulement tout un jeu d’amitiés, et souvent pour son propre éditeur.”

“… nous couronnons au moins une année sur deux un navet vendable.”

Et c’est ainsi que la France littéraire s’emmerde.